Difficile d’avoir échappé à Sufjan Stevens cette année. Tout le monde s’est à juste titre intéressé au jeune prodige américain à la sortie de son album Come On Feel The Illinoise, sorti un peu plus tôt cette année. (...) Comment ne pas succomber aux morceaux de cet album gargantuesque et rabelaisien sur lequel le garçon revisitait avec une assurance et une maestria exceptionnelles le meilleur des cinquante dernières années de la musique populaire américaine. (...) The Avalanche n’est pas à proprement parler un nouvel album, il s’agit seulement de chutes de Come On Feel The Illinoise. (...) Cette compilation permet de se faire une idée de la facilité déconcertante avec laquelle le garçon accouche de mini symphonies pop, comment il recycle brillamment l’héritage des minimalistes américains sans sombrer dans le verbiage post rock, sans oublier les pépites de folk mélancolique et/ou pleurnichard jouées au banjo (...) A l’époque où on nous sert "le nouveau super songrwiter qu’il faut absolument découvrir" toutes les semaines ou presque, Stevens recentre sérieusement le débat et place la barre assez haut. (...)
L’auditeur ne doit surtout pas s’attendre à un nouveau sommet. (...) Sans surprise, le disque est pratiquement le même que le précédent. En moins bien. (...) Les titres sont toujours ridiculement longs (...) Les paroles ont toujours de faux airs de cours d’histoire/géo et vont sans doute générer un regain de trafic sur des pages délaissées de Wikipedia. (...) Une fois de plus, ces références relèvent d’une véritable ambition littéraire sur certaines chansons et d’un name-dropping érudit et idiot sur d’autres. La musique est toujours ce même folk expérimental, entre un orchestre de l’armée du salut étonnamment ambitieux et des expérimentations sonores salutairement terre-à-terre. La transition entre les chansons de folk pop épiques et les ballades plus intimes est toujours assurée par de courts instrumentaux faussement modestes. (...) Sufjan Stevens a choisi de nous montrer ses carnets, de nous montrer qu’il n’est qu’humain, qu’il travaille dur et que parfois il se trompe.
(...) S’il y a un artiste qui peut faire un album de qualité avec des chansons rejetées, c’est bien Sufjan Stevens. The Avalanche contient en effet quelques petits bijoux qui auraient facilement pu se retrouver sur Illinois. (...) Les pièces de l’album The Avalanche ne s’enchaînent cependant pas de façon aussi harmonieuse que sur Illinois et certaines des chansons, en particulier les trois versions de Chicago, nous rappellent la vraie nature de cet album. (...)
(...) Vingt-et-un titres, 76 minutes de musique. Dans la même veine que son grand-frère, The Avalanche aligne les titres beaux comme jamais, (...) enrobe le tout de petits instrumentaux aux facettes quelques peu expérimentales, et frappe le tout d’une classe évidente, aussi bien au niveau du songwriting qu’au niveau de l’orchestration et de la production. (...) Sans être de la qualité incroyable de Come On Feel The Illinoise (si le tracklisting est bien pensé, il n’en reste pas moins que l’album n’a pas l’homogénéité de son prédécesseur), ce nouveau disque reste intrinsèquement très bon (...) Il y a des milliers de groupes qui seraient prêts à tuer pour écrire des faces-b de ce niveau là.
(...) Trop proche dans la forme, comme dans le ton, de son imposant modèle, cet album peine en effet à convaincre de sa nécessité artistique sur la (trop longue) durée. Toutefois, il serait fort injuste de ne voir en The Avalanche qu’un succédané d’album dont l’opportunisme mercantile serait dissimulé derrière une prétendue noble opulence créative. Même facilité, forcé ou émoussé, le génie musical de Sufjan Stevens demeure incontestable. Le meilleur moyen d’appréhender ce disque, ni honteux, ni indispensable, est sans doute de le considérer, littéralement, comme un exercice de style ; c’est-à-dire l’occasion pour le musicien de mettre son style à l’épreuve (...)
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