(...) Mais réduire Espers à une simple porte d'entrée au royaume de Féerie serait une erreur. Là où les contrefaiseurs de musique médiévale se seraient contentés d'une orchestration classique, la formation de Philadelphie n'hésite pas à mêler aux harpes et aux clavecins le grincement d'une guitare électrique bien contemporaine. L'arrière-fond de percussions omniprésent tempère l'ardeur des violons ; la présence insistante de bourdonnements qui se prolongent parfois pendant des minutes entières (...) brise la dimension enchanteresse de la mélodie, et en fin de compte, si l'on est transporté ailleurs, c'est bien en gardant les pieds sur terre. (...) De cette alliance entre un folk épuré et une instrumentation très évocatrice naît donc un mélange original, difficile à caractériser en un mot (...) le résultat vaut le détour. (...)
(...) Si, sur le papier à tout le moins, on serait en effet volontiers tenté de considérer cette musique comme rétrograde, il s’avère en réalité qu’elle échappe assez brillamment au syndrome du "copier-coller" qui mine tout un pan du rock revival actuel. Il faut dire qu’Espers a moins pour dessein de restituer fidèlement un ton ou une atmosphère propre aux années 70, que d’en ranimer les principaux enjeux esthétiques afin de leur assurer un prolongement contemporain ou, plutôt, un impossible devenir qui constituerait pourtant la matière même de leur musique. (...)
(...) Voix fragile, mélancolie de bout en bout, envoûtement, errances électriques à la Neil Young, choristes babas, flûtes, orgue Pink Floyd, ambiances qui nous rapproche de King Crimson, tournure de son à la Soft Machine et tergiversations de Can. Et la voix de Meg Baird qui nous emporte entre Vashti Bunyan, Beth Gibbons et Kate Bush. Beaucoup de comparaisons pour dire qu'au final, c’est réussi et on est bien ; que le groupe, sous la houlette de Greg Weeks, réussit à nous emporter vers des rivages que l'on avait plus tout à fait l'habitude d'ouïr. Venant ainsi nous rappeler qu'au fond on a tous quelque chose en nous d'un hippie, cette volonté de s'envoler à vie, ce désir fou d'une vraie mélancolie, quelque chose en nous d'avoir envie. Avec moins d'effet secondaire qu'une drogue, II nous fait planer en beauté et nous dépose un peu à côté de nos pompes.
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