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Polydor (2006)

1. Elevator Music
2. Think Im In Love
3. Cell Phones Dead
4. Nausea
5. Soldier Jane
6. Strange Apparition
7. Dark Star
8. Movie Theme
9. We Dance Alone
10. No Complaints
11. 1000 BPM
12. Motorcode
13. The Information
14. New Round
15. Horrible Fanfare/ Landslide / Exoskeleton


Site officiel:
http://www.beck.com
MySpace:
http://www.myspace.com/beck


bon

Beck - The Information


Pendant les 9 minutes du final bizarre du neuvième album de Beck, le réalisateur Spike Jonze et l’auteur Dave Eggers digressent sur le fait que "l’album ultime que l’on pourrait enregistrer" ressemblerait à "des chansons qui changeraient selon humeur dans laquelle on se trouve". "Ou selon le moment auquel on l’écoute ou l’âge, elles  signifieraient quelque chose d’autre." D’une certaine manière,  la discographie du Beck incarne cette malléabilité idéale ; de l’influence maussade de Nick Drake au funk food’n’sex en passant par le blues maladroit et le hip hop bohémien, son oeuvre est un supermarché- émotionnelle et sonique -qui a su se réinventer depuis plus d’une décennie.  Mais sa carrière a pris un coup avec Guero, avant-dernier album et premier où Beck s’utilisait comme influence principale. Finalement, la même chose peut être dite pour The information qui pastiche l’art de s’auto-référencer. Mais il y a des facteurs qui donnent au nouvel album une cohésion qui manquait cruellement à son prédécesseur. Cette fois, le producteur Nigel Godrich est le collaborateur  principal, et son savoir de sorcier du studio est un cran au dessus de celui des Dust Brothers. Le disque repose également sur un "concept" d’un futur malade digne de Philip K. Dick (ou de Thom Yorke). (...)



Les années 90 ont été celle de Beck et de sa musique faite de bric et de broc. De Mellow gold à Midnite vultures, ce petit prodige de la création a quasiment réalisé un sans faute. Malheureusement, l’arrivée du nouveau millénaire ne tourne plus vraiment à son avantage. Complètement paumés, ses Sea change et Guero sont presque des naufrages artistiques au vue de ses pépites antérieures.  (..). Le constat d’échec est cinglant. Ce n’est plus par Beck que l’on attend la surprise. (...) Et bien mince, si vous me permettez ce petit lâchage, on s’est planté royalement sur ce coup-là. (...) Car ce The information nous renvoie directement en 1998, quand ce diablotin à la crinière dorée savait encore nous prendre par surprise.  Pas besoin de 15 000 écoutes pour se rendre compte de l’évidence. C’est bien un Beck rajeuni et flambant neuf qui revient nous séduire. Si le côté bordélique a quelque peu disparu, ces 60 minutes sont un vrai bonheur. Mélangeant savamment et comme personne hip-hop, folk, pop et electro, cette nouvelle galette est proprement bluffante. On avait presque oublié le caractère essentiel de son univers. Ici pas de branlette intellectualisante, mais une musique en lien direct avec son temps, s’autorisant tous les métissages. (...)

Il faut bien reconnaître que depuis Mutations, on avait pris l’habitude d’être légèrement déçu à la sortie de chaque nouvel album de Beck. En effet, à force d’admirer cet artiste pour son caractère hétéroclite, on finit par tout attendre de lui. Et à l’écoute de Guero, on prit le temps de réévaluer le folk de Sea Change, qui lui-même nous fit regretter l’envie de se déhancher de Midnite Vultures. Bref Beck brouillait un peu les cartes à force de vouloir imiter Nick Drake, Serge Gainsbourg, Prince, ou refaire Mellow Gold. Mais sur son dernier album The Information, Beck semble être revenu à un son mélangeant allégrement folk, hip-hop et rock. (...) Tout le disque est à l’avenant grâce à des ingrédients plutôt alléchants : samples funky, basse omniprésente nous délivrant un groove infernal, arpèges cristallins de guitare folk, et claviers aussi planants qu’une séance de méditation transcendantale. La production, très léchée (...) On y retrouve même un son plutôt électro, notamment sur les titres 1000 BPM et New Round, qui ferait presque croire que Niguel Godrich a travaillé sur les albums de Beck et de Thom Yorke en même temps. (...)

(...) The information sonne comme un retour aux sources inspiré, un trait final tracé après plusieurs années de mouvements erratiques. (...), l’agencement de l’amoncellement d’éléments hétéroclites qui constitue la colonne vertébrale des concepts soniques de Beck retrouve ici une saveur qu’on ne lui connaissait plus depuis bien longtemps.  (...) L’intérêt de la musique de Beck ne réside de toute façon pas spécialement dans la découverte de la tendance dominante de chaque chanson, mais plutôt dans le jeu de piste suggéré par l’artiste, où l’auditeur ludique tentera d’isoler les multiples injections incongrues qui parsèment les morceaux, et de répérer les clins d’oeils de ce sample-dropping perpetuel. (...) Par une étrange alchimie, The information parvient à instaurer une étrange ambiance hybride, celle d’un album à la fois joyeux et désespéré.  (...)  Certes, The information n’apporte pas forcément grand-chose à la légende de Beck  (...) Mais le malicieux récupérateur en chef a tellement bien goupillé son coup qu’on se laisse embarquer de bonne grâce dans ce tourbillons de collages et d’arrangements savamment orchestrés (...)

Vous pouvez lire également au sujet de cet album Valeurs sûres dans le Journal de bord de Zabladowski

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