zabla(dowski).org


Apocalypse 2027


Children Of Men

"D’après le New York Times, Halloween s’était un peu assagi depuis le 11 septembre.
Les grands magasins et les chaînes de télé essayaient de ne pas faire trop peur.
Cette année, nul ne craindrait plus l’horrible…

Même l’exercice de la démocratie finirait par faire peur.
Il n’y a qu’à regarder les publicités politiques: pleines de prédateurs sexuels, de lâches, de corrompus…"
Corine Lesnes dans Big Picture - Croquis d’Amérique

 

C’est donc ça. Les américains n’ont plus peur de se faire peur. Cela nihilise donc sec pour l’instant. Après la propagande alarmiste d’Al Gore sur le réchauffement climatique et la série B simpliste Pulse (souvenez-vous), voilà qu’une véritable bombe est lâchée dans nos salles, Children of Men.  Ce film est aux films post-apocalyptiques ce que 28 Days Later est aux films de zombies, une relecture réaliste et plus que prenante d’un genre qui, jusqu’à présent, prêtait le plus souvent à rire. Children of Men ne s’est pourtant pas facilité la tâche en basant son histoire sur le thème de la fertilité, idée qui a fait les belles heures du cinéma post-Mad Max des années 80, mais le résultat est là. Il n’y a quasi rien à redire.  Ce film d’anticipation est à limite du chef d’oeuvre. Il contient deux scènes d’anthologie qui vous prennent véritablement à la gorge et qui à elles seules, justifient le déplacement. A voir absolument.

Commerce & évolution


Sufjan Stevens - The Avalanche

Cat Power - The Greatest

Ce week-end, Cat Power et Sufjan Stevens, deux des plus jolis minois du rock indé américain, ont fait un petit crochet par la Belgique. 

Samedi, c’était Cat Power qui a ouvert le bal en donnant un concert à l’Ancienne Belgique. En début d’année, Cat Power a sorti un album pompeusement intitulé The Greatest, album du renouveau où la belle Chan Marshall laissait tomber le rock dépouillé et légèrement dépressif qui a fait sa renommée au profit d’une soul plus enjouée et exécutée par une bande de vieux briscards qu’elle a pêché à Memphis. L’album n’a pas convaincu son auditoire de base qui trouvait l’exercice "trop timoré et académique" (dixit Pinkushion) et qui faisait l’erreur de rajouter "de la matière là où le vide faisait si bien, là où le silence était la tension nécessaire au succès de ses fragiles compositions" (dixit Pop-Rock.com).  Las, n’en déplaise aux fans de la première heure, ce changement  de formule a visiblement porté ses fruits. Alors qu’elle n’arrivait même pas à remplir le Botanique lors de la tournée suivant son précédent album,  la Chan Marshall "greastestisée" peut maintenant se fendre d’un complet dans la grande salle de l’Ancienne Belgique.

Son précédent passage au Botanique a laissé un souvenir impérissable. En parfaite ivrogne imbibée jusqu’à la moelle, madame n’était pas foutue de terminer un morceau. L’avantage d’un concert aussi pathétique est qu’il ne s’oublie pas. Il ne restait donc plus qu’à voir si sa manière d’appréhender la scène allait changer avec ce succès soudain. Visiblement, oui et non. Samedi, on ne savait finalement pas trop bien si elle était éméchée ou pas. Ses esquisses de pas de danse désynchronisée et sa propension à se foutre de la gueule de son public entre deux morceaux laissaient entendre que oui. Sa capacité à terminer ses morceaux et à jouer sur tout le potentiel de sa  magnifique voix laissait entendre que non. Musicalement, les nouveaux fans en ont eu pour leur argent. The Greatest a été joué dans l’ordre, à la milliseconde près. En bonus, une bonne reprise de Crazy, le tube de l’été de Gnarls Barkley, une reprise couillonne des Rolling Stones et deux ou trois morceaux de rythm’ n blues, scolaires à souhait et taillés sur mesure pour une fête de village.  Les "vieux" fans, eux,  ont dû se contenter  de mesurer l’ampleur du gâchis quand ils ont entendu la magnifique version de Cross Bones Style qui prenait un beau volume avec l’ajout judicieux des cuivres et d’une rythmique imparable. Elle donnait vraiment des frissons dans le dos. En bonus, l’habituel chaotique passage où la belle se la joue solo et en n’en finit plus de digresser sur des conneries, parfois marantes, avec son public. 

Dimanche, c’était au tour Sufjan Stevens qui se produisait au Vooruit de Gand.  Pour faire court, l’américain Sufjan Stevens est un "sufjansenaar", ce qui veut dire en néerlandais "chef d’un orchestre de scouts". En 5 ans, lui et ses scouts ont produit 5 albums renvoyant nombre de leurs confrères de la pop indé à leurs chères études. Pourtant, il a fallu attendre Come on feel the Illinoise, le 5ème album, pour que le message de ce nouveau pape du genre touche le plus grand nombre. Sorti l’année passée, Come on feel the Illinoise a été acclamé par quasi tout le monde. Numéro un dans presque tous les classements de fin d’année. C’est donc sans surprise que pour la première fois de sa courte carrière, Sufjan Stevens n’a rien sorti de nouveau cette année et a préféré capitaliser sur le succès de son dernier opus qui lui aura ramené tant de nouveaux fidèles. Il s’est donc contenté d’un The Avalanche, un disque compilant les chutes de Come on feel the Illinoise, et ce, en attendant la sortie d’un coffret empaquetant des EP’s et quelques inédits. Reste que, concernant The Avalanche, comme le souligne Pinksuhion, "même facilité, forcé ou émoussé, le génie musical de Sufjan Stevens demeure incontestable" et  comme le fait bien remarquer Benzine"il y a des milliers de groupes qui seraient prêts à tuer pour écrire des faces-b de ce niveau là."...

C’est donc dans cette optique purement mercantile que Sufjan Stevens a repris la route pour permettre à ses nouveaux adeptes de communier avec lui sur scène. Sur ce terrain-là, il faut bien admettre qu’il doit y avoir également pas mal de groupes qui seraient prêts à tuer pour atteindre ce niveau-là. Sur scène, Sufjan Stevens et sa patrouille des castors affichent un second degré bienfaiteur en arborant des costumes crétins qui donnent à l’ensemble une allure de spectacle d’école fondamentale.  Musicalement, le Sufjan Stevens Orchestra fait reculer les frontières de sa pop symphonique de supermarché haut de gamme. Quand il ne la joue pas sobrement, il n’hésite pas à la faire filtrer avec le rock progressif, le post-rock ou lui faire épouser des petits élans free-jazz ou noisy. C’est une impeccable orgie de genres pointus. On s’incline. Il ne manquerait qu’une pluie d’étoiles et on se mettrait à croire en Dieu.  Mais, il y a un mais. Son physique à la Ben Affleck, le menton en forme de cul en moins, nous fait douter. Ce type ne peut pas exister. Comment un gars qui ne doit pas avoir le temps de voir la lumière du jour tellement il passe sa vie dans son diocèse (euh, pardon, studio) à composer des heures albums et des faces-b inégalables, a le temps de ressembler au Ben Affleck de la grande époque (oui, je sais, Ben Affleck n’a pas eu de grande époque) ? C’est évident que Sufjan Stevens ne peut pas exister. Ce type doit être le visage angélique d’un collectif de compositeurs-évangélistes laids.  Un jour, la vérité éclatera et ils seront nombreux à brûler leurs bibles du père Stevens devant les locaux d’Asthmatic Kitty, l’église qui édite ses ouvrages.

Portes-drapeaux


The Black Dahlia

Flags of our Fathers

Indigènes

Vous n’imaginez pas à quel point cet exercice de paresseux qu’est la nouvelle formule de Zabladowski, peut être affreusement compliqué. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, les sélections de critiques que l’on met en ligne pour parler d’un film ou d’un album tiennent plus du zapping que de bêtes et simples revues de presse. On choisit uniquement les critiques que l’on estime justes et on zappe celles que l’on trouve à côté de la plaque. Pour les intéressés, sachez que l’on zappe généralement celles qui versent trop dans l’allégorique ou les théories new age. En pratique, on lit en moyenne une bonne dizaine de critiques pour trouver notre bonheur. Alors, vu que nombreuses sont les plumes qui se la jouent Auteur et qui vous pondent des tartines interminables pour parler de trucs qui pourraient être couverts en dix lignes, on peut vous dire que cela prend du temps.

Là où l’exercice devient rude, voire quasi impossible, c’est lorsqu’on s’amuse à essayer de composer une sélection de critiques qui égratignent un intouchable. Prenons Brian De Palma. Alors que son glorieux passé est définitivement derrière lui, une savante opération marketing s’est amusée à faire croire que son dernier, The Black Dahlia, est synonyme du retour en forme du réalisateur. Visiblement, l’opération a fait des merveilles. Alors que The Black Dahlia est un film noir bien fade qui n’arrive même pas à exploiter l’aura de bombe sexuelle qu’a Scarlet Johansson, chose que même Woody Allen était parvenu à faire dans Match Point, tout le monde se montre très consensuel. Heureusement, il y a quelques aventureux dont Panorama qui résume le film en disant que The Black Dahlia "tourne à vide et dérape dans toutes les directions" et "n’est qu’un pastiche superficiel sans charpente."

C’est donc dans cette optique qu’il a été fort surprenant de dénicher si facilement des bons billets acharnés démolissant l’autre farce marketing de l’année, Indigènes. Un petit rappel des faits s’impose. Indigènes est le Saving Private Ryan français. Rien qu’en disant cela, on a déjà envie de rire. Ce n’est pas avec les moyens d’un épisode de Julie Lescaut qu’on peut espérer arriver à l’orteil du film de Steven Spielberg. Heureusement pour lui, le film a eu l’intelligence d’avoir des intentions politiques en dénonçant le manque de reconnaissance dont ont été victimes les étrangers qui ont défendu le drapeau français durant la 2ème guerre mondiale. Stratégie marketing payante, car le Festival de Cannes ne s’est pas fait prier pour soutenir ce téléfilm en lui décernant le prix d’interprétation, alors que s’il n’y avait qu’un truc à flinguer dans le film, ce serait l’interprétation. Cerise sur le gâteau, Jacques Chirac en profite pour augmenter sa cote de popularité en annonçant, comme par hasard, la semaine avant la sortie du film, une mesure pour rehausser les pensions des quelques anciens combattants étrangers qui restent. Bien entendu, sans effet rétroactif, il ne faut pas exagérer non plus. "C’est gros. C’est énorme. Mais tout le monde applaudit", comme le souligne Matière Focale. Il y en a même qui sont remontés contre le film au point d’isoler quelques raccourcis ou omissions historiques potentielles ou de dénoncer le montage financier du film qui annonçait clairement son instrumentalisation.

La récupération politique, c’est justement le sujet de Flags Of Our Fathers, le dernier Clint Eastwood. Si Indigènes délivre son message avec la subtilité d’un spot contre le racisme financé par un service publique, Clint Eastwood sait y faire et le message passe à merveille. En quelques plans, il arrive à démonter mieux que personne le mythe du rêve américain et dénoncer le pouvoir de l’image. Cela dit, même si Flags Of Our Fathers est très largement au-dessus de la moyenne, un scénario qui nous ferait "jurer que les scénaristes, ont mal numéroté les pages du script" (dixit Télérama.fr) et un narrateur dont on n’avait "nul besoin", car "le sens de l’image et du non-dit aurait suffi" (dixit fluctuat.net), empêche le film d’être "le nouveau chef d’oeuvre de Clint Eastwood", comme le vante fièrement la bande annonce radiophonique.

Obscurisme

Obscurisme: Pratique qui consiste à saupoudrer la vie quotidienne de références obscures (films oubliés, stars déchues de la télévision, livre impopulaire, pays anciens...) en tant que moyens
subliminaux pour étaler sa culture et exprimer son souhait de se dissocier de la culture de masse.

Douglas Coupland, Generation X (édition 10/18)

 

Hier soir, on est allé à la soirée de clôture du Festival du  Film Indépendant au Centre Culturel Jacques Franck à Bruxelles. Ce fut mémorable!  Plein d’invités, des comédiens, des réalisateurs, et un public assez nombreux. On a d’abord droit à un petit discours de clôture par un présentateur qui nous invite à rester après le film pour la remise des prix (compétition nationale, internationale et... des sourds et muets...), il nous dit que c’est plus sympa pour les invités s’il y a du monde lors de cette remise.  Ensuite, il introduit le film. Le film commence, et là tatata: le film est taiwanais non sous-titré!!! Splendide! Il n’a pas fallu 10 minutes pour que la  moitié de la salle ne se soit levée et ait bruyamment quitté les lieux... Un joli flop! Et certains avaient payé 6 euros leur place! Et le plus comique: à la sortie de la salle, les gens se demandaient "Tiens, qu’est-ce qu’on fait alors?" "Si on allait à l’UGC"... Excellent! D’ailleurs, on a fait pareil. A défaut de festival underground du film indépendant, on est allé voir Thank you for smoking dans un temple de la grosse production... 

Entre parenthèses, Thank you for smoking, je pensais rire plus, mais c’est pas mal. Dans le triplet où Vincent mettait en lisse ce film plus Adam’s apple et le truc du pédophile (que je n’ai pas vu), pour moi, c’est Adams Apple qui emporte la mise . Thank you for smoking est de bon ton, une petite histoire dont tu peux  sortir en te posant des questions existentielles et qui n’a pas la prétention de te balancer un documentaire casse bonbon et alarmiste à la Michael Moore et consorts.

3 + 1 gratuit


TV On The Radio - Return To Cookie Mountain

Two Gallants - What The Toll Tells

Grizzly Bear - Yellow House

Dans mon précédent billet, je parlais de la difficulté de trouver des avis plus nuancés sur des intouchables. En seulement deux albums, TV On The Radio fait déjà visiblement partie de cette catégorie là. Impact Campus a  bien sous-entendu qu’à partir du moment où cette véritable institution qu’est devenue Pitchfork décernait à Return To Cookie Mountain, leur deuxième album, un très rare 9,1/10, la couleur était annoncée. Tout le monde allait crier au génie. C’est le cas. Chacun rivalise de métaphores pour ne pas parler de "chef-d’oeuvre". Reste que si fondamentalement, Return To Cookie Mountain est largement au-dessus de la moyenne, pour ceux qui ont découvert TV On The Radio avec leur premier album, il fallait composer "sans l’effet de surprise initial " et avoir la modestie de remarquer que cet album ne fait que "prolonger de façon convaincante les avancées esthétiques du groupe", à savoir "une manière un peu inédite, une forme de gospel électrique mâtiné de free-jazz" qui "remplit la charte noisy et arty" , comme l’a écrit justement POPNews. Sur scène, par contre, TV On The Radio met tout le monde d’accord. Ils étaient ce dimanche à l’Ancienne Belgique et on peut dire sans hésiter que, comme à l’accoutumée, ils ont ravi tous les amateurs de murs de guitares déchaînées, nostalgiques de My Bloody Valentine ou personnes à la recherche d’un échauffement auditif avant le double concert de Sonic Youth aux Halles de Schaerbeek qui aura lieu dans un peu moins d’un mois.

La veille, David Sitek et Kyp Malone, les deux figures de proue de TV On The Radio étaient déjà à l’Ancienne Belgique pour assister au concert de Grizzly Bear. Si tous les groupes suivaient la même formule que Grizzly Bear, je bâillerais vraisemblablement moins souvent lors des concerts auxquels j’assiste. Grizzly Bear fait partie de ses rares groupes qui ne se contentent pas de jouer bêtement leur répertoire. Si Yellow House, leur excellent dernier album, privilégie les ambiances éthérées, voire carrément oniriques, sur scène, le groupe resserre les boulons et propose des versions nettement plus nerveuses et électriques de leurs morceaux. C’est impeccable et il n’y a pas une minute à jeter.  

En ouverture de ce week-end généreux en bons concerts, Two Gallants a donné vendredi un concert relativement anecdotique au Botanique. Two Gallants, comme le définit bien LesInrocks.com, fait partie de "la génération post-Nirvana – à la fois le Nirvana hardcore de Nevermind et celui plongé dans le folk du MTV Unplugged".  Le chanteur a une voix éraillée à la Kurt Cobain et attire facilement le regard de midinettes pseudo-rebelles. De son côté, le batteur, les cheveux devant les yeux, suit parfaitement les conseils grappillés dans le petit Dave Grohl illustré. La comparaison s’arrête là, car ces deux jeunes gens ont le bon goût de ne pas miser sur l’hypothétique revival grunge qui est sans cesse repoussé et préfèrent se la jouer White Stripes en insufflant une rage candide à une musique qu’ils n’ont pas pu connaître, ici le folk. Rien de nouveau sous le cocotier, mais cela a l’air tellement exécuté avec une certaine dose de spontanéité que l’on arrive à accrocher sans trop pinailler.  Reste que ce qu’on retiendra de ce concert, c’est la prestation des Cold War Kids en première partie. Ce groupe n’a de kids que le nom et pratique un rock accrocheur magnifié par un chanteur habité. A retenir.

Toi aussi, tu peux devenir un bienfaiteur


Nouvelle Vague - Bande à part

Ici, on a découvert Nouvelle Vague sur le tard. On savait bien qu’il existait un groupe concept qui régalait les "amateurs de reprises iconoclastes" avec "sa bossa-nova vampirisant quelques classiques new-wave"  (dixit CASACOSMANI), mais voilà, on avait jamais eu l’occasion d’y prêter une oreille.  C’est maintenant chose faite. On a écouté leurs deux albums dont leur dernier, Bande à part. Il n’y a pas grand-chose à dire. Avec le tango électro-lénifiant de Gotan Project et le dernier Cat Power, Nouvelle Vague constitue la musique de fond idéale pour tous ceux qui écoutent des choses un peu "trop pointues" et qui cherchent truc passe-partout qui n’irritera pas les oreilles de leurs invités. Qui plus est, avec un morceau de Nouvelle Vague, il y a cette dimension ludique qui permettra à certains de vos invités de vous faire remarquer que "c’est une reprise, non?"  Les meilleurs étaleront leur culture musicale eighties en vous sortant le nom de l’interprète, le titre de l’album  et le nom du morceau et, dans quelques cas, l’année de sortie...  Et là, c’est gagné! Ils seront fiers et heureux d’avoir su vous faire découvrir que ce que vous écoutez n’est pas un morceau original... Et si vous jouez le jeu et que vous dites "ah oui! C’est vrai, tiens!"  Ils rentreront chez eux tout contents. Vous aurez pu leur offrir le moment  de gloire dont tout le monde a besoin. Vous serez un BIENFAITEUR!

No comment

Dexter

Site officiel: http://www.sho.com/site/dexter/

Pyschedeliphallique Now


Espers - II

Yo La Tengo - I’m not afraid of you and I will beat your ass

Samedi, on ne sait pas trop bien ce qu’a essayé de faire l’Ancienne Belgique en transformant la venue Yo La Tengo en festival dédié au psychédélisme. "Psychedelica Now" était le nom de ce festival. On ne voyait pas ce que Yo La Tengo a de psychédélique. Certes, vu qu’ils se sont collés à peu près à toutes les variations que compte le rock, il y a certains morceaux qui revêtent d’un certain caractère hallucinatoire, mais pas de quoi en faire les nouveaux papes du LSD. Ceci dit, on s’en foutait royalement du pourquoi ou du comment. L’important était que le groupe revenait en Belgique et le moins que l’on puisse dire est qu’ils nous ont vraiment gâté. Cette machine parfaitement huilée nous a gratifié d’un set de 2h15 qui a compté autant de morceaux de bravoure que tous les concerts de la saison. Le truc stupéfiant chez Yo La Tengo, c'est que c’est un trio et que cela ne s’entend pas. Jamais un temps mort et le son ne trahit jamais la sophistication de leurs albums. Tous les trios de par le monde devraient étudier leurs prestations. Reste que le meilleur reste le plaisir de voir jouer Ira Kaplan. Ce vieux bougre nous fait sans cesse regretter que les groupes d’aujourd’hui aient été biberonnés aux prestations fades et brouillonnes de groupes new-wave, post-punk, noisy ou - voire pire - grunge plutôt qu’aux "guitar heros" de la fin des années 60 et des années 70. Chez Ira Kalpan, la guitare est un objet sexuel à dompter. Le regarder revient à jouer les voyeurs zyeutant une étreinte passionnelle et jouissive où l’électricité sert d’exutoire.

Qui disait festival, disait également d'autres groupes à l'affiche. Avant et après Yo La Tengo, 4 groupes ont joué les bouche-trous. On ne retiendra pas grand-chose. La pop chochotte de Midlake en after-party nous a fait courir dans un café voisin et juste avant la prestation des stars de la soirée, on espérait retirer quelque chose de la prestation d’Espers. Une partie de la rédaction aime bien leur deuxième album, le sobrement intitulé II. Comme le décrit Krinein, Espers adopte "une certaine esthétique médiévale" et "se positionne à la frontière du folk" et "du post-rock lorsque l’électricité vient gonfler la masse sonore" . Rien de très novateur, convenons-en. Ce qui a surtout excité certains ici, ce sont les voix angéliques de ses chanteuses  qui rappellent vaguement celles de Miranda Sex Garden. Il n’est pas important que vous connaissiez cette référence obscure. Il suffit de dire que les "A poil" fusaient lors de leurs concerts pour résumer la bête. D’où cette idée saugrenue de résumer Espers à un Miranda Sex Garden sous valium qui aurait maîtrisé sa libido. Bref, on attendait un concert apte à réveiller le lubrique qui sommeillait en nous. Las, à la place, on a eu droit à une prestation soporifique d’un casting raté de Scoubidou (merci à Florence pour cette judicieuse observation). Espers est donc à ranger dans le bac des groupes à ne pas voir sur scène, sous peine de débandade assurée.

Lève-toi et prie


Danielson - Ships

Woven Hand - Mosaic

Jeudi dernier, Woven Hand était à l’Ancienne Belgique. C’était l’occasion de revoir ce cher David Eugene Edward en action. Pour les néophytes, sachez qu’avant Woven Hand, DEE était le leader d’un groupe culte nommé 16 Horsepower. Comme tous les chanteurs qui ont décidé de tuer leur poule aux oeufs d’or, DEE galère maintenant. De son propre aveu, il joue devant des audiences plus que clairsemées et, jeudi, il était vraiment surpris de se retrouver dans une grande salle de l’Ancienne Belgique copieusement garnie. Le gars a la côte dans le milieu artistique flamand. Ceci explique sans doute cela. DEE était donc content, très content. C’est la grosse information de la soirée. Ce type sait sourire. Il sait même rigoler avec son public. On n’avait jamais vu cela. Il faut savoir que DEE, c’est  un prêcheur qui reste visser le cul sur sa chaise et qui vous balance ses morceaux comme si c’était une question de vie ou de mort. C’est tétanisant. Il faut le voir une fois dans sa vie. Avec Nick Cave, c’est un des seuls chanteurs donnant l’impression de croire en ce qu’il raconte. Avant le concert de jeudi, la seule chose qu’il voulait bien faire entre deux morceaux, c’était lâché ses mythiques et ironiques "thank you for clapping". Le principal site non officiel s’intitule d’ailleurs ainsi.  Jeudi, retrouver un certain succès lui a visiblement délié la langue. Ce type est donc humain. Sur le plan musical, DEE semble avoir compris que Woven Hand, c’est bien, mais 16 Horspower, c’était finalement mieux. Exit donc les ambiances esotérico-mystiques et atmosphériques de Mosaic, son dernier album que beaucoup s’accordent à définir comme totalement dispensable, sur scène, DEE en profite pour revenir à un son nerveux, nettement plus carré qui suinte la rage, respire l’urgence et fait l’effet d’une belle claque. Bref, comme au bon vieux temps de 16 Horsepower dont un morceau a été repris en rappel. Et puis, il y a cette voix, une des meilleures voix du rock ricain.  Rien à redire. Imparable.

En première partie, il y avait Danielson. Ici, on aime bien Ships, le dernier album de cette famille chrétienne. Du pop-rock de scouts catholiques à la Sufjan Stevens. Chez Pinkushion, on définit le truc comme une "fascinante collection de chansons pop à la folie éventée" qui "donne le sentiment d’assister à la représentation d’un opéra (rock) joué façon commedia dell’arte, sur une scène trop petite, avec des personnages au maquillage grotesque".  Reste qu’après avoir vu le concert de la chose, on déchante quelque peu. Quand on n’a aucun charisme et qu’on joue les antipathiques de service, on ne tourne pas. Dans un tel contexte, la voix haut perchée de Daniel Smith, le chef d’orchestre de cette patrouille, n’est plus un facteur d’originalité, mais donne l’impression d’être une arme pour se venger de tous ceux qui se moqueraient de son physique de vilain petit canard casse-bonbon. 

Dans les bacs


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